Textes de La Plume verte |
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Le gouvernement conservateur scelle le cercueil de Kyotopar PHILIPPE JOLY (mai 2007)En avril dernier, le gouvernement conservateur de Stephen Harper présentait un plan de lutte contre les changements climatiques. Ce dernier, vivement contesté par une part importante de la classe politique et par les groupes écologistes, rejette l’atteinte des objectifs du protocole de Kyoto dans les délais prescrits par le traité international. En 2020 (soit avec 8 à 12 ans de retard), le plan ratera tout de même les objectifs de Kyoto de 11%. Abandon de KyotoLe plan de lutte aux changements climatiques du gouvernement Harper, le moins ambitieux de tous les plans des pays signataires de Kyoto, a pour objectif de réduire de 150 Mégatonnes (Mt) les émissions de gaz à effet de serre (GES) au pays d’ici 2020. On est bien loin des exigences du protocole sur le réchauffement planétaire qui sont de maintenir, entre 2008 et 2012, une moyenne du des émissions de GES de 270 Mt inférieure au niveau actuel. Il s’agit du premier plan vert fédéral renonçant officiellement à l’atteinte des objectifs de Kyoto (le dernier plan Martin-Dion prévoyait en effet atteindre ces exigences). Pas une fois d’ailleurs le mot « Kyoto » n’était inscrit dans le communiqué de 28 pages remis au public en avril dernier. Notons que les groupes écologistes du Canada considèrent que les objectifs de lutte aux changements climatiques du Québec, de la Colombie-Britannique et de la Californie dépassent déjà ceux du plan fédéral. En effet, « le Québec s’est donné comme objectif de réduire ses émissions de 6 % sous les niveaux de 1990 en 2012, […] la Colombie-Britannique s’impose une diminution de 10 % sous les niveaux de 1990 d’ici 2020 et […] la Californie réduira ses émissions de 80 % en 2050 » [1], affirme Greenpeace. Objectifs du protocole de Kyoto et du Plan Baird pour le Canada
Graphique : Philippe Joly Calcul par intensitéLe plan Baird propose de réduire de 60 Mt les émissions de GES des grands émetteurs (industrie pétrolière, centrales thermiques, usines métallurgiques, etc.). Cependant, ces réductions apparaissent purement fictives, car elles sont basées sur un calcul des émissions par intensité. En effet, comme nous en avons souvent parlé dans Esquisses, cette méthode repose sur le calcul de la quantité de pollution par unité de production. Dans le cas de l’industrie pétrolière par exemple, il peut s’agir de la masse de CO2 relâchée par baril de pétrole produit. Ainsi, lorsque le gouvernement, en suivant cette approche, prévoit engendrer des réductions des émissions en chiffres absolus de plusieurs millions de tonnes de GES, il fait le pari risqué que la croissance de la production des industries canadiennes suivra une courbe donnée. Or, on le sait, certains secteurs industriels sont appelés à croître drastiquement et, leur production augmentant de façon inattendue, leur empreinte écologique augmentera même si leur efficacité énergétique s’améliore. C’est le cas de la filière des sables bitumineux en Alberta qui, comme on l’apprenait dans un reportage de Zone Libre, pourrait quintupler sa production pour satisfaire la demande américaine. Le présent plan fédéral pourrait donc permettre à ce secteur d’activité, l’un des plus polluants, d’accroître son impact environnemental désastreux en toute immunité et dans le respect des objectifs gouvernementaux. Pire, le plan prévoit aussi l’échange de crédits d’émissions basés sur la diminution de l’intensité de pollution : l’industrie pétrolière pourrait donc se voir encouragée financièrement même si sa contribution au réchauffement planétaire augmente. Enfin, rappelons que le progrès technologique entraîne naturellement une augmentation de l’efficacité énergétique des entreprises. Celle-ci s’est ainsi accrue de 47% entre 1990 et 2004, ce qui n’a pas empêché le Canada d’augmenter ses émissions de GES de 27% pendant cette même période. Beaucoup considèrent donc que l’amélioration de 25% de l’efficacité énergétique proposée par le plan Baird entre 2006 et 2015 n’aura pas d’impact significatif sur la performance écologique de l’ensemble canadien. Mesures insuffisantesLa réduction restante de 90 Mt à combler pour satisfaire le plan Baird, résulterait de certaines mesures déjà existantes et d’autres° nouvelles. S’inspirant de la Californie, le gouvernement fédéral entend réduire de 40 Mt les émissions du Canada en adoptant des normes écologiques applicables à compter de 2011 au parc automobile canadien. Il est cependant important de noter que cette approche n’aura qu’un effet négligeable tant que le parc automobile canadien ne sera pas en grande partie renouvelé, soit d’ici 12 à 15 ans, nous rappelle Louis-Gilles Francoeur du journal Le Devoir. On anticipe aussi des réductions de 10 Mt grâce à la promotion de l’efficacité énergétique au près des entreprises et des particuliers « par différents programmes comme ÉcoÉnergie, abolis et recréés sous d’autres noms avec des modifications » [2]. La dernière tranche de 40 Mt de réduction, assumée en partenariat avec les provinces, touchera les entreprises locales qui ne sont pas incluses dans le premier cadre réglementaire (60 Mt pour les grands émetteurs). Elles seront encouragées, par des « crédits compensatoires », à moderniser et à rendre plus écologiquement viables leurs installations. D’autres mesures, applicables entre 2012 et 2015, viseront à améliorer la qualité de l’air et à limiter le smog urbain. On entend réduire de 55%, en chiffres absolus, les émissions de certains contaminants atmosphériques pouvant affecter la santé humaine. On prévoit aussi établir des plafonds d’émissions pour certains métaux lourds comme le mercure. Bien que ces mesures soient, somme toute, intéressantes, il faudra attendre plusieurs années avant d’en observer les effets, car elles nécessitent des négociations avec les provinces et les industries. Enfin, on ne peut s’empêcher de noter les tentatives délibérées et répétées du gouvernement conservateur à vouloir semer la confusion au sein de la population en mélangeant les notions de qualité de l’air et de changements climatiques, deux questions qui ne répondent pas aux mêmes impératifs.
Le Canada, « état-voyous » ?En misant sur le calcul des émissions par intensité, le Canada se ferme l’accès aux plus grands marchés internationaux actuellement en gestation à l’échelle planétaire : les marchés de crédits d’émission basés sur des réduction en chiffres absolus. En plus des impacts économiques évidents liés à cette décision, on anticipe des conséquences sur les relations internationales qu’entretiendra le Canada avec ses partenaires internationaux. C’est peut-être là un des effets les plus dramatiques du plan Baird : le Canada perd sa position de leader dans le domaine de la lutte aux changements et se range du côté des « états-voyous », nom que l’on a donné aux pays industrialisés comme les Etats-Unis et l’Australie qui refusent de se joindre au protocole de Kyoto. Le Canada se marginalise et cela aura des impacts notables sur ses relations avec l’Europe notamment. On anticipe déjà avec appréhension les futures négociations pour la suite du protocole sur les changements climatiques. Quelle position occupera le Canada alors? Le protocole garantit certaines mesures de particulières permettant à des états, possédant des plans de lutte aux changements climatiques rigoureux, de rattraper leur retard en se conformant à des normes encore plus sévères. Cependant, il se pourrait bien que le Canada perde tout simplement son rôle de premier plan dans la lutte au réchauffement planétaire et se détache du groupe de tête, les pays européens principalement, qui s’apprête déjà à dépasser ses objectifs initiaux. [1] « Harper manque à ses devoirs » (2007, 26 avril).
Greenpeace Canada. |
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