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Textes de La Plume verte

 
 

Québec dit non à un mégaprojet éolien

Alors que l’économie de certaines régions de notre province se porte mal et qu’il faudrait en diversifier les secteurs d’activité, Québec, apprend-on dans un document du Ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) dont le journal Le Devoir a obtenu copie, a décliné une offre de la multinationale allemande Siemens qui prévoyait l’installation d’une usine au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour la construction de ses éoliennes dans le cadre d’un mégaprojet d’énergie éolienne de 3000 MW dans le Grand Nord.

par MATHIEU SAINDON (avril 2007)

Source : Ministère du Développement durable et de l'Environnement du Québec - (www.mddep.gouv.qc.ca)

Une économie fragile

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont l’activité économique repose presque entièrement sur l’exploitation des ressources naturelles, est aux prises avec un taux de chômage fort problématique (11 %). L’industrie forestière, entre autres, traverse une importante crise qui hypothèque gravement l’économie locale. La décision du gouvernement libéral et d’Hydro-Québec apparaît donc encore plus incompréhensible. Pourquoi ne pas avoir donné l’aval à ce projet qui aurait généré pendant sept ans un minimum de 600 emplois directs en région ainsi que 2000 emplois permanents dans des secteurs connexes? Pourquoi le gouvernement Charest, qui fonctionne pourtant sur une approche de partenariat public-privé, refuse-t-il un investissement privé de 4,5 milliards de dollars pour la réalisation du projet en question? D’autant plus que l’entreprise offrait en retour de faire du Québec son centre de production d’éoliennes pour l'ensemble du marché nord-américain.

 

Le silence des libéraux

Suite à la sortie du fameux document, quelques jours avant les élections provinciales, la porte-parole du Ministère du Développement économique, avait expliqué en entrevue qu'aucun ministre n'était disponible pour commenter l’affaire. Du côté du MRNF, l'attaché de presse a simplement déclaré au Devoir que le gouvernement et Hydro-Québec préféraient aller de l'avant avec un processus d'appel d'offres pour 2000 MW, plutôt que de négocier l'exclusivité de la fourniture d'équipement en échange de l'implantation de Siemens au Québec. Mentionnons par ailleurs que la nouvelle politique énergétique du Québec présenté par Jean Charest et le ministre Pierre Corbeil en 2006 limite la place de l’éolien à dix pour cent – une limite qui sera atteinte avec l’appel d’offres de 2000 MW en cours.

 

Un mégaprojet de 3000 MW

La multinationale prévoyait l’implantation de 3000 MW éoliens aux abords du bassin hydroélectrique de LG-4, à la Baie-James, ainsi que dans la région de Manicouagan, sur la Côte-Nord. Un premier parc de 1200 MW aurait été construit à la Manicouagan, auquel se seraient ajoutés par la suite deux autres projets à proximité de LG-4 d’une puissance totale installée de 1800 MW. Les vents moyens de ces deux régions atteignant les dix mètres par seconde, cela aurait permis d'anticiper un taux de rendement minimal de 35 % pour chaque éolienne, soit parmi les plus élevés au monde. Le transport de l’électricité aurait été assuré par les lignes à haute tension déjà existantes. Aussi, la pollution visuelle et sonore, un reproche souvent fait aux parcs d’éoliennes, aurait été considérablement minimisée puisque les zones ciblées par la compagnie étaient très peu habitées.

Ce projet, axé sur la mise au point d'une éolienne «arctique» capable de démarrer après des dizaines d'heures d'arrêt à des froids pouvant atteindre les -50 °C, prévoyait également la construction d’un centre de recherche dans la région de Montréal, à proximité des grandes écoles d'ingénierie. Siemens était également prêt à verser des royautés pour la vente de ce modèle ailleurs dans le monde à Hydro-Québec. De surcroît, la multinationale offrait à Québec de diminuer le coût de revient de l'électricité éolienne à 6 ¢ le kilowattheure, ce qui est inférieur au coût de 6,5 ¢ le kWh obtenu lors du premier appel d'offres de 1000 MW éoliens, en 2002.
Finalement, le projet proposé par Siemens envisageait la production de neuf TWh, ce qui en faisait donc une véritable alternative au projet Eastmain-1-A, évalué à cinq milliards de dollars et dont Hydro-Québec escompte une production de 8,5 TWh à partir de 2010. Rappelons que ce dernier projet prévoit le détournement de la rivière Rupert, une des dernières rivières vierges du Québec.

 

Une opportunité manquée

En août dernier, Siemens a finalement annoncé qu’elle installait sa base industrielle, destinée au marché nord-américain, en Iowa. Il y a trois mois, la multinationale déclarait que son carnet de commandes atteignait déjà 1400 MW pour une valeur de 2 milliards de dollars. Il ne fait aucun doute, ce projet aurait permis au Québec d’acquérir une reconnaissance internationale en tant que chef de file dans le secteur éolien. Mais nos dirigeants en ont décidé autrement…