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Textes de La Plume verte

 
 

Bilan de la conférence sur les changements climatiques de Nairobi

La conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Nairobi au Kenya a confirmé que le protocole de Kyoto constitue la seule entente internationale ayant le pouvoir de limiter les effets du réchauffement planétaire. Du 6 au 17 novembre, les discussions multipartites ont permis aux pays industrialisés de s’entendre sur la poursuite de la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et des pourparlers ont été enclenchés pour soutenir de futures initiatives de développement écologique dans les pays en voie de développement. La rencontre internationale a cependant été affectée par les querelles partisanes existant entre les intervenants politiques québécois et canadiens.

PHILIPPE JOLY - novembre 2006

conférence Nairobi

Querelles partisanes exposées à la face du monde

Les tensions politiques existant entre Claude Béchard, ministre québécois de l’Environnement, du Développement durable et des Parcs, et Rona Ambrose, ministre fédérale de l’Environnement, se sont transportées à Nairobi. M. Béchard s’étant fait refuser, par le gouvernement canadien, le droit d’exprimer la voix distincte du Québec à l’égard de la question des changements climatiques, ce dernier s’était fait un devoir de convaincre, par des jeux de coulisses, la communauté internationale de la volonté québécoise d’agir dans l’intérêt du protocole de Kyoto. Cependant, à son arrivée à Nairobi, M. Béchard a affirmé s’être entendu avec son homologue fédérale afin qu’elle explique la position environnementale québécoise durant son allocation devant les délégations des quelques 180 pays représentés à la conférence.
Mme Ambrose n’a cependant – certains diront sans surprise – pas fait suite à sa promesse et n’a pas fait mention des initiatives québécoises dans son discours à l’assemblée. Ce dernier, fort critiqué par les écologistes, a été essentiellement utilisé à des fins politiques pour dénoncer les actions – ou plutôt les inactions – du précédent gouvernement libéral en matière de changements climatiques. Steven Guilbeault, directeur de Greenpeace Québec, résumait ainsi la réaction des groupes écologistes face à l’allocution de Mme Ambrose : « jamais, en 15 ans de travail dans ce dossier, [il n’avait] vu des attaques aussi bassement partisanes proférées sur une tribune internationale de cette importance ». Mme Ambrose n’a évidemment pas détaillé les coupures effectuées par son gouvernement de près de 10 milliards dans les programmes de lutte aux changements climatiques. La ministre de l’Environnement a aussi campé sur ses positions en soutenant les objectifs à très long terme de réduction établis dans la Loi sur la qualité de l’air du gouvernement conservateur.


Proposition française sur la taxation des pays exportateurs émetteurs de GES

La France, par la voix de son premier ministre Dominique de Villepin, a fait une proposition des plus inusitées en suggérant l’instauration d’une taxe de carbone à l’importation sur les produits faits dans des pays non membres de Kyoto ou n’en respectant pas les principes. La logique derrière cette proposition est que certains pays échappent volontairement à leurs responsabilités environnementales afin de faciliter leur production de biens exportables. Se faisant, ils acquièrent un avantage concurrentiel considérable par rapport aux pays respectant certaines normes écologiques et se font plus compétitifs sur les marchés internationaux. La réaction des États-unis, directement ciblés par cette proposition, ne s’est pas faite attendre. L’administration américaine accepte difficilement une telle mesure qui, selon elle, nuirait au développement économique. De son côté, John Howard, le premier ministre de l’Australie, seul autre pays industrialisé avec les États-Unis à rejeter Kyoto, a tout simplement qualifié la proposition française de « stupide ».
Cependant, les dirigeants de l’Union Européenne, groupe de pays ayant investi massivement pour la réussite de Kyoto et subissant une concurrence internationale déloyale en regard à leurs efforts environnementaux, considèrent avec intérêt la proposition d’une taxe au carbone.


Meilleur accès de l’Afrique et des pays en voie de développement au Mécanisme de développement propre

Le protocole de Kyoto inclut le Mécanisme de développement propre (MDP). Ce dernier, brièvement résumé, permet aux pays industrialisés d’acquérir des crédits d’émission (des droits de polluer) en échange de l’implantation de technologies vertes dans des pays sous-développés. L’Afrique, pauvre en industries, principales bénéficiaires du MDP, n’a pas su profiter de ce mécanisme. En effet, les projets sont essentiellement concentrés en Chine (36%), en Inde (20%) et au Brésil (12%). L’Afrique ne profite que de 2% de ces investissements étrangers. La communauté internationale s’est donc entendue pour rendre les projets écologiquement responsables des pays industrialisés « plus accessibles pour tous ».
De plus, la communauté de Kyoto s’est entendue sur le fonctionnement d’un futur Fond pour l’adaptation aux changements climatiques. Ce dernier devrait fournir une aide économique aux pays, probablement les plus pauvres, qui subiront les effets néfastes du réchauffement planétaire. Les pays membres ne se sont cependant pas entendus sur la gestion de ce fond.
Enfin, deux nouveaux pays se sont joints à la communauté de Kyoto : la Biélorussie et le Kazakhstan. Cette décision saluée par la classe politique est cependant dénoncée par les écologistes qui affirment que l’effondrement de l’économie dans ces anciennes républiques soviétiques déstabilisera la bourse du carbone. En effet, ces deux pays n’émettant presque plus de GES, car leur secteur industriel est en déroute, ils pourront échanger des crédits d’émission en quantité importante ce qui augmentera l’offre à la bourse du carbone, diminuera le prix de la tonne de CO2 et ultimement, permettra à certaines entreprises de polluer à peu de frais.


La suite de Kyoto

La décision la plus encourageante prise au cours de ces deux semaines de délibération est certainement l’engagement de la communauté internationale à réduire de moitié les émissions de GES. Cette mesure vise à stabiliser le climat et à éviter tout « changement climatique dangereux ». On considère que de graves dangers menacent l’équilibre biologique planétaire si le réchauffement attendu excède 2°C. Les membres du protocole de Kyoto ne se sont cependant pas attendus sur un échéancier précis en vue d’atteindre ces objectifs. Ils attendent le dépôt du rapport du Groupe international d’experts sur le changement climatique en 2007. Ils statueront alors, à la lumière des plus récentes données scientifiques, à quel rythme les mesures doivent être entreprises. On prévoit que la planification de la suite du protocole s’entamera en 2008. Les écologistes considèrent qu’il faut définir au plus vite le fonctionnement de « Kyoto 2 » afin d’éviter tout vide juridique avant la phase 2013-2020. En effet, une telle incertitude ébranlerait le cours de la bourse du carbone et pourrait mener augmentation momentanée des émissions de GES. Finalement, les défis s’annoncent déjà nombreux afin d’inclure dans la suite du protocole les États-Unis et les pays en voie de développement tels que l’Inde et la Chine qui émettent une quantité grandissante de GES.