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Textes de La Plume verte

 
 

En marche vers Kyoto : bilan de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques

Marche Kyoto

par PHILIPPE JOLY - décembre 2005

Au moment d’écrire ces lignes, la Conférence sur le protocole de Kyoto entamait sa dernière journée de travail. La rencontre internationale qui prenait place du 28 novembre au 9 décembre aura été riche en réflexions et en débats. Elle guidera les prochaines discussions mondiales au sujet de la mise en œuvre du protocole et de la suite de l’action coopérative pour la lutte au réchauffement planétaire. Un survol de l’événement.


Marche mondiale pour le climat : 40 000 voix s’élèvent à Montréal

Le samedi 3 décembre, pas moins de 40 000 personnes (votre dévoué journaliste y était) ont dévalé les rues de Montréal afin de manifester leur opposition à la pollution atmosphérique et leur appui au protocole de Kyoto. Malgré la température hivernale et les vents puissants, ces gens de tous azimuts ont festoyé dans une ambiance chaleureuse pour faire entendre leur voix aux délégués internationaux réunis à l’occasion de la conférence sur le climat. L’événement parrainé par les groupes écologistes du Québec, les groupes étudiants et le mouvement syndical aura attiré, en comparaison aux autres manifestations internationales de la journée, un nombre record de personnes ; bien plus que les 15 000 participants prévus.

Marche Kyoto 

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Esquisse d’un plan d’action à Québec

Tel que prévu, le gouvernement du Québec a profité de la rencontre internationale pour annoncé son plan d’action contre les changements climatiques attendu depuis 2 ans et demi, mais les autorités n’en dévoilent pas les détails précis et doivent attendre avant de le proposer officiellement à l’Assemblée nationale. Le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, a précisé que le Québec s’engagerait à suivre les objectifs du Canada dans le protocole de Kyoto, soit d’atteindre un niveau d’émission de gaz à effet de serre (GES) de 6% inférieur au taux historique de 1990. M. Mulcair ajoute qu’il serait possible et souhaitable d’amener nos émissions polluantes annuelles à 10% sous le niveau de 1990 d’ici 2020. Les grandes lignes du programme gouvernemental misent premièrement sur l’augmentation de l’efficacité énergétique des résidences, des institutions, des commerces et des industries. Ces mesures pourraient être conjuguées à une réforme du code du bâtiment. On propose par ailleurs d’ouvrir la voie au chauffage d’appoint des édifices par géothermie. Deuxièmement, le plan tend à investir de façon importante dans le transport en commun et à réduire le trafic routier en prévoyant notamment la construction d’un train de banlieue rapide reliant Mascouche, Terrebonne et Repentigny vers Montréal. Troisièmement, le programme vise à encourager les agriculteurs qui voudraient valoriser énergétiquement les déchets organiques de leur production. Finalement, des démarches seront effectuées afin d’inciter les collectivités à rentabiliser les biogaz, GES très nocifs provenant des sites d’enfouissement.

Ce plan devra s’échelonner sur 4 ans jusqu’en 2010. D’ici là, le gouvernement entend réduire de 6% ses émissions actuelles de GES. Un problème se pose cependant. Considérant que les dernières analyses révèlent que la pollution atmosphérique du Québec dépasse 9,1% la référence de 1990, il faudra donc abaisser nos rejets polluants d’environ 16% pour atteindre les objectifs de Kyoto. Or, le plan gouvernemental qui ne prévoie qu’une réduction de 6% devra donc combler un déficit de 10% en seulement 2 ans entre 2010 et 2012. En d’autre mots, les autorités devront travailler trois fois plus efficacement durant ces deux dernières années que durant les quatre qui viennent. De plus, les élections fédérales viendront ralentir la mise en œuvre du plan. En effet, bien que Québec et Ottawa aient convenu d’une entente fixant à 325 millions de dollars la prestation fédérale pour la lutte aux changements climatiques et à 750 millions l’indemnisation à Hydro-Québec en récompense à ses efforts en matière de d’énergies renouvelables, rien n’exclut que ce cadre financier ne soit affecté par le remaniement politique au Canada. Les élections fédérales forcent le gouvernement du Québec à attendre la fin de cet hiver pour présenter le plan à l’Assemblée nationale.


Ouvrir le jeu aux Etats-Unis et aux pays en voie de développement

La grande réalisation de la conférence aura été l’entente des pays membres sur les questions relatives « à la à la comptabilité des émissions, aux rapports nationaux, à la gestion des «puits» de carbone, au marché des droits d'émission et à la gestion des projets réalisés en dehors du territoire national pour obtenir des crédits à meilleur prix » [1]. Ces aspects administratifs et comptables du protocole étant acceptés de tous, Kyoto peut maintenant prendre son envol. Cependant, la suite du protocole après 2012 annonce déjà de grands défis. D’abord, il est devenu urgent d’ouvrir les négociations avec les Etats-Unis afin que ces derniers, qui produisent 25% des GES planétaires, puissent participer activement à la lutte aux changements climatiques. Cependant, l’administration américaine a, jusqu’à maintenant, adopté une position diamétralement opposée aux conditions de Kyoto. Elle s’insurge contre le cadre restrictif du protocole obligeant les membres à atteindre des objectifs de réduction des émissions polluantes précis. D’ailleurs, en réaction à ces politiques, le gouvernement américain a signé l’été dernier avec l’Australie, la Chine, l’Inde et le Japon le « Partenariat Asie-Pacifique pour le développement propre et le climat », un accord parallèle à Kyoto qui, contrairement à ce dernier, se base sur une approche strictement volontaire pour la réduction de la pollution, mais mise davantage sur l’investissement dans le domaine des technologies, toujours hypothétiques, pour capter le dioxyde de carbone produit. La communauté internationale aura fort à faire pour lier les Etats-Unis aux démarches de Kyoto.

L’autre grand chantier pour l’après 2012 devrait être la définition du rôle des pays en voie de développement dans les efforts environnementaux. En vertu de Kyoto, seuls 36 pays, les pays industrialisés, sur 156 membres sont pressés de réduire leurs émissions de GES. Or, certaines nations émergentes comme la Chine, qui produira plus de GES que les Etats-Unis d’ici 2025, auront un rôle majeur dans l’évolution du climat sur Terre. Face à ce constat, il semble urgent de mettre en place une entente globale de réduction des GES au près de la totalité des 156 états membres. Cependant, certaines voix s’élèvent déjà parmi le G77, regroupant les pays en voie de développement, pour s’opposer à toute mesure restrictive qui nuirait à leur économie montante. Pour calmer la discorde, la seule solution reste donc, encore et toujours, un partage plus équitable des technologies durables et propres.

[1] Francoeur, Louis-Gilles (2005, 1er décembre). « Kyoto devient opérationnel ». Le Devoir, p.A1.