Textes de La Plume verte |
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Le Québec aura la tête basse à la conférence sur le Protocole de Kyoto à MontréalLe Québec qui, jusqu’alors, pouvait se vanter de faire partie des sociétés les moins polluantes vient d’enregistrer une hausse record de ses émissions de gaz à effet de serre (GES).
par PHILIPPE JOLY- octobre 2005 Historiquement, par ses choix en matière d’énergies renouvelables, le Québec faisait classe à part au Canada en ce qui a trait à la pollution atmosphérique. Cependant, le dernier bilan du Canada déposé à l’ONU fait état d’une hausse substantielle des émissions de GES par le Québec entre les années 2002 et 2003. Les objectifs du protocole de Kyoto qui, pour le Québec et le Canada, fixent la réduction des émissions atmosphériques polluantes à 6% sous le taux repère de l’année 1990 sont aujourd’hui plus difficiles que jamais à atteindre. En effet, le rapport révèle, qu’en un an seulement, les émissions québécoises de GES qui, en 2002, ne dépassaient que de 1,7% le taux de 1990, ont progressé massivement en 2003 pour atteindre un taux supérieur de 8,6% par rapport à 1990. Toutes proportions gardées, cette croissance a été deux fois supérieure à celle de l’Alberta et trois fois supérieure à celle de l’Ontario ; soit les deux provinces les plus pollueuses en terme de tonnes de CO2 rejetées. La nouvelle aura de quoi atténuer la ferveur des autorités gouvernementales à la conférence sur les changements climatiques des Nations Unis qui se tiendra du 28 novembre au 9 décembre à Montréal. Un grave relâchementSelon Thomas Mulcair, ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, ce dérapage serait principalement dû à la production d’électricité. En effet, rappelons qu’en 2003, année où l’on projetait la création de la centrale thermique du Suroît, le Québec jonglait avec une grave insuffisance énergétique. Pour palier à la demande, Hydro-Québec a été forcé de faire tourner à plein régime les turbines de la centrale au mazout lourd de Tracy qui, en temps normal, se limite à un rôle d’appoint. Or, ces nouvelles émissions n’expliquent pas dans sa totalité la hausse massive de la pollution atmosphérique. Notons aussi que les secteurs commercial, institutionnel et résidentiel, en raison des besoins en chaleur par temps hivernal, ont connu une hausse disproportionnée de leurs émissions polluantes. Cependant, au sein de la population québécoise, les transports restent la plus grande source des rejets de CO2. On le voit, la mode VUS laisse ses traces dans la consommation en combustibles fossiles. Le Québec sans plan d’actionComment expliquer ce laisser-aller en matière de pollution atmosphérique? L’absence de plan gouvernemental visant la réduction des gaz à effet de serre y est certainement pour quelque chose. En effet, le gouvernement antérieur avait, à l’hiver 2003, déposé les résultats d’une commission parlementaire qui avait pour but la création d’un plan d’action permettant d’atteindre les objectifs du protocole de Kyoto. Or, les Libéraux, suite à leur victoire électorale en avril 2003, n’ont pas mis en place les mesures proposées par la commission. Deux ans et demi plus tard, malgré les pressions populaires, le Québec n’a toujours pas d’objectifs chiffrés pour réduire les émissions de GES. Le Canada à la traîneLa situation se complique donc pour le Québec qui devra maintenant réduire de 15% ses émissions pour atteindre la barre des 6% sous le taux de 1990. Pour le Canada, la tâche est encore plus titanesque. Le pays, dont la pollution atmosphérique a crû de 3% entre 2002 et 2003, voit ses émissions polluantes atteindre le seuil record de 740 millions de tonnes de GES par année. Pour combler l’écart avec le protocole de Kyoto qui fixe à 560 millions de tonnes de GES par année l’objectif canadien, la fédération devrait supprimer l’équivalent de toute la pollution provenant des transports (30% des émissions) ! Ces révélations ne sont pourtant pas si surprenantes si l’on considère que l’Ontario, l’Alberta et la Saskatchewan ont respectivement augmenté leur émissions de GES de 15,9%, 33,3% et 44% depuis 1990. Kyoto 2 ?D’ici 5 semaines, le gouvernement québécois devrait donc siéger au près des 10 000 délégués internationaux réunis pour la conférence sur les changements climatiques à Montréal. À Québec, on affirme que Jean Charest profitera de l’occasion pour finalement lever le voile sur un plan d’action concret en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce dernier devrait inclure en priorité des mesures d’économie énergétique dans le secteur industriel, des incitations financières pour l’achat de véhicules consommant moins de 5L/100km, des modifications au bâtiment afin de favoriser l’efficacité énergétique des constructions et le renforcement des mesures d’inspections sur les « vieilles » voitures. On craint cependant que certaines contraintes financières ne viennent affaiblir les propositions initiales. Les principaux groupes écologistes font actuellement pression pour que la conférence soit l’occasion de tracer les grandes lignes de la suite du protocole de Kyoto. « Kyoto 2 » qui devrait s’imposer dès 2012 se penchera notamment sur les nouveaux objectifs des pays occidentaux en matière de réduction des émissions de GES et fera grand cas de l’effort que devront fournir les pays en voie de développement dans la lutte aux changements climatiques. Ces nations avaient été exemptées du programme de réduction des GES pour ne pas affecter leur croissance économique fragile. Or, dans les années qui viennent, on le sait, les économies émergentes de la Chine et de l’Inde auront certainement un grand impact dans l’équilibre environnemental terrestre. C’est un Québec plus pollueur que jamais qui devra défendre ses positions à la face du monde et justifier son rôle d’hôte à l’une des conférences dessinant les contours d’un des plus grands efforts coopératifs portés par l’humanité. |
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