Textes de La Plume verte |
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Riposte au développement durable version PPPPour une gestion responsable et collective des énergies renouvelables
par PHILIPPE JOLY- septembre 2005 Les grandes sorties de Jean Charest sur le développement durable laissent souvent perplexe. En juin dernier, le premier ministre annonçait la production 2000 MW d’énergie éolienne supplémentaires s’ajoutant aux 1000 MW déjà prévus en 2002 et aux 500MW implantés à Cap-Chat et ailleurs en Gaspésie. La puissance totale de cette nouvelle filière énergétique au Québec s’élèverait donc à 3500MW d’ici 2012. Un secteur dicté par le privéÀ première vue, la nouvelle a de quoi réjouir les groupes écologistes et la population québécoise en général qui depuis des années poussent Hydro-Québec et le gouvernement à mettre en place de nouvelles alternatives énergétiques non polluantes. Cependant, un sérieux bémol s’impose : le nouveau secteur sera, dans sa presque totalité, géré par l’industrie privée. En effet, cette dernière assume entièrement les coûts du chantier estimés à 3 milliards de dollars; en retour, elle devient propriétaire et gestionnaire des parcs éoliens. Résultat : Hydro-Québec rompt avec la tradition nationale et devient, pour une rare fois dans l’Histoire, acheteur et non producteur d’électricité. Rappelons que le but premier de l’entreprise privé est de faire un maximum de profits. Bien que l’appel d’offres fixe le prix de l’électricité à 0,065$/kWh, rien ne garantit qu’il ne subisse pas la pression des industriels de le faire grimper au fil des années. Un manque de cohérencePour justifier son recours au privé, Hydro-Québec affirme qu’elle ne possède pas l’expérience requise pour construire et mettre en place les éoliennes. Or, le choix, suite à l’appel d’offres de 2002 pour la mise en place du premier 1000MW d’énergie éolienne, des deux compagnies d’exploitation, les sociétés Cartier Wind Energy et Northland, est plus que douteux. En effet, la première est détenue à 50% par Trans Canada Corporation, une firme spécialisée en pipelines et en centrales thermiques. Ce sont les créateurs de la centrale thermique de Bécancourt. La deuxième concentre principalement ses activités dans la distribution de gaz naturel et la gestion de centrales thermiques. Et que dire de General Electric, compagnie responsable de la fabrication du moteur des éoliennes… n’est-ce pas cette même entreprise qui avait été choisie pour construire la centrale au gaz du Suroît? On voit bien que l’attrait économique surpasse de très loin les préoccupations environnementales de ces industriels. De plus, toutes ces sociétés affirment qu’elles utiliseront le projet de 1000 MW pour développer leur expertise. Hydro-québec n’aurait-elle pas pu en faire autant? Une perte d’expertise considérableEn plus d’encourager des compagnies aux activités écologiques douteuses, le gouvernement déplace en sol étranger les profits générés et prive le Québec d’une expertise essentielle dans le domaine des énergies renouvelables. En effet, la Coop fédérée prévoyait dernièrement des pertes de 5,5 milliards de dollars pour le Québec, car 92,5% des profits bruts seraient acheminés à l’étranger, seul 3,5% des profits iraient aux régions. Ces dernières auraient pourtant grandement besoin du puissant levier économique qu’est le développement énergétique. En contre partie, on leur promet la construction d’usines d’assemblage pour générer de la main d’oeuvre. Or, un maximum de 600 emplois permanents seulement sera créé en manufacture et 200 pour l’entretien des parcs éoliens. L’industrie éolienne régionale québécoise se limitera à l’assemblage de composantes importées et la construction de pièces secondaires. Le Québec fera donc pâle figure face au Danemark qui, doit on le rappeler, répond à 16% de ses besoins énergétiques avec l’éolien (et visant un objectif de 35%) et possède une industrie locale dynamique à la fine pointe de la technologie qui exporte partout au monde. Un bien maigre départLa façon dont le gouvernement et Hydro-Québec entreprennent le virage éolien est donc plutôt sombre. Dans les prochaines années, c’est plus 1000 nouvelles éoliennes qui seront installées au Québec, une présence plutôt visible dans le paysage qui rappellera à la population que ces machines ne sont pas siennes. Hydro est-elle en train de signer une autre page dans la triste histoire de la gestion des ressources naturelles québécoises? Après l’eau et les forêts, verra-t-on le vent et les sites naturels passer aux mains d’industriels étrangers et tout ça sous le couvert de grands projets de société? Il est encore temps d’agir. L’éolien se présente comme une voie d’avenir rentable et écologique qu’on ne peut écarter. Les récents développements technologiques ont rendu cette filière deux fois plus productive qu’il y a 15 ans. De plus, le Québec présente un potentiel éolien théorique très élevé de 400 000MW. Ainsi, il serait logique pour Hydro-Québec de réclamer la propriété des installations éoliennes sur le territoire québécois et d’agir à titre de moteur économique dans ce domaine. La pression populaire a eu raison du projet de la centrale thermique du Suroît. Il est encore possible de retrouver notre pouvoir légitime sur l’éolien. |
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